• LES PRISONNIERS DE GUERRE 1939 1945 de couiza

    Pour les Prisonniers de Guerre 1939-1945 de COUIZAHISTOIRE de leur CAPTIVITE  Extraits du Livre « La Captivité – Histoire des prisonniers de guerre français 1939/1945 » avec l’aimable autorisation de son auteur Yves DURAND et de l’éditeur, la Fédération Nationale des Combattants Prisonniers de Guerre et Combattants d’Algérie, Tunisie, Maroc » 1- Les dimensions de la captivité –     Comme déjà pratiqué pendant les guerres de 1870-71 et 1914-18 par les Gouvernements allemands, de nombreux prisonniers durant 1939-45, environ 1.800.000 au total dont 1.500.000 Français, sont accueillis dans des camps en Allemagne, Pologne et Autriche.
         C’est tout au début des hostilités, en 1939-45, que massivement ces hommes, représentants toutes les régions françaises, tous les milieux, tous les métiers, vont subir les contraintes de la captivité. Ce sont des hommes mûrs, généralement mariés et souvent pères de famille. C’est un véritable phénomène social car ils représentent 3,5 % de la population totale et 12% de la population en âge de travailler.
         Pendant 5 ans ils sont un monde particulier.
         Pourquoi cette originalité ?
         Elle découle de la position adoptée par le gouvernement de Vichy qui a choisi en juin 1940 de cesser le combat et de pratiquer un interminable armistice considéré comme une sorte de demi-paix négocié en permanence avec les dirigeants allemands. Ce principe permet l’installation d’une collaboration entre le vaincu et le vainqueur, tout au profit de ce dernier. Cette pratique entraîne en plus l’application des règles de la Convention de Genève sur le traitement des prisonniers et à leur désavantage, particulièrement avec la durée. En effet, ces hommes prisonniers vivent au cœur du pays allemand avec des militaires qui les gardent et sous les ordres d’un employeur, mélangés à d’autres travailleurs allemands ; subissant une collaboration forcée. 5% d’entre eux maximum réussiront à s’évader.
         Elle découle aussi d’un état d’esprit provoqué par l’inactivité de notre armée alors que nos soldats, mobilisés dès septembre 1939, étaient partis défendre les valeurs de la Paix acquises et retenues lors de la guerre 1914-18 avec ses millions de morts. Les chefs militaires avaient uniquement une conception défensive de la guerre. Nos dirigeants politiques par leur manque de détermination nous rendirent dépendants des autres nations. Ce fut la « drôle de guerre » qu’illustre bien la bataille de Dunkerque, en mai 1940, permettant aux allemands d’envahir, dès juin 1940, la moitié Nord de la France, dont Paris occupé le 14 juin.
         Enfin, elle est le résultat de la décision du Maréchal Pétain qui sollicite l’armistice le 17 juin, en le signant le 22 pour entrer en vigueur le 25. Les Allemands se sont servis de cette déclaration pour pousser à la reddition immédiate des troupes françaises. En outrepassant les lois de la guerre, ils ont considéré comme captifs des corps de troupe qui n’ont pas été vaincus. Il s’en suit un véritable effondrement de la France. Après plus de 120.000 morts marquant ce début de guerre, les Prisonniers de Guerre ont été au cœur de cette débâcle générale les principales victimes. En effet, ce n’est qu’une minorité, environ 300, qui ont été fait prisonniers au combat et les armes à la main, avant l’armistice.
     2- Les durs chemins de l’exil –
         C’est par une série de marches interminables et de bivouacs improvisés que des hommes découragés, affamés, sont rassemblés au bord des routes et commencent une retraite difficile.

     

     

     

     

     

     


                                                                   Photo  (page 27 et 32)
    Sous le soleil ou la pluie, les hommes font de longues étapes, du matin parfois jusque tard dans la nuit. Ils sont harassés, ont faim et soif. A la traversée des villages les habitants, navrés de ce spectacle, s’efforcent de leur donner un peu de ravitaillement dans des bacs disposés sur les trottoirs. Peu d’évasions cependant, environ 225.000, pendant ces longues journées où souvent l’encadrement allemand mettait à disposition des hommes auprès des agriculteurs français pour récolter les moissons. L’état d’esprit du moment était de dire « que la guerre est finie et que la démobilisation est proche ». C’est cette idée-force qui explique qu’ils ne prennent pas le risque d’une évasion. A chaque halte ils occupent les églises, les écoles, et pour les plus nombreux la prairie à la belle étoile. Très surveillés, interdits de se déplacer, sans commodités ni points d’eau ces marches sont très pénibles.

     

     

     

     

     


                                                                Photo (page 53)
     Après ce périple en France, dans ces conditions infectes, c’est par convois ferroviaires dans des wagons à bestiaux que les prisonniers entrent en Allemagne. Ces nouveaux déplacements furent de véritables supplices. Impossible de se coucher. Un seul arrêt très court, en pleine campagne, pour faire ses besoins. Le train circule surtout la nuit. Le jour, des attentes interminables dans des gares, ou en pleine nature, pour une destination inconnue au départ puis, comprenant la direction prise vers l’Est, cela provoque un effondrement moral chez tous ces hommes entassés dans les trains.
         C’est presque une délivrance d’arriver, de quitter les wagons et pouvoir détendre son corps. Les gares sont vides et la colonne repart à pied, après avoir nettoyé les wagons, vers les fameux stalags.
     3- Qu’est-ce qu’un stalag –
         Ce sont des camps d’internement clôturés par des barbelés et surveillés depuis des miradors. Le début de cette incorporation commence par une nouvelle fouille, véritable opération très réglée récupérant tout objet, argent, bagues, couvertures. Les habits sont prélevés pour être lavés puis restitués. Les prisonniers sont douchés, désinfectés, rasés.

     

     

     

     

     


                                                         Photo    (page 61)
    Ils récupèrent alors leurs vêtements. Ensuite, chaque homme reçoit sur une fiche à son nom un numéro matricule. Il est photographié avec son numéro marqué sur une ardoise ; ce numéro, gravé sur une plaque de métal qu’il devra toujours avoir sur lui, sera sa marque distinctive, insigne même de sa captivité.

     

     

     

     

     

     


                                                     Photos  (pages 67-79-235-256)
         Environ 80 lieux disséminés dans toute l’Allemagne regroupent 95 % des prisonniers qui sont une première source de main-d’œuvre à exploiter. Tous les camps sont clôturés par une double haie de fils de fer barbelés, électrifiée, de laquelle il ne faut en aucun cas s’approcher au risque de se faire tirer dessus par les gardiens qui surveillent tout le camp depuis des miradors perchés sur de hautes tours ; ils comprennent, dès l’entrée, des baraques pour recevoir les services administratifs et l’infirmerie, puis des baraques-dortoirs avec des chalits de 2 ou 3 étages garnis de mauvaises paillasses en fibres de bois. Un bloc pour les sanitaires, un autre pour les cuisines sans oublier le cachot disciplinaire. Tout cela construit avec des moyens rudimentaires en bois ou en briques. Le chauffage est assuré par des poêles bois.
         Dans les agglomérations sont également occupés tous les bâtiments désaffectés : écoles, couvents, anciens châteaux, casernes pour recevoir les officiers et sous-officiers, toujours dans des conditions déplorables et très inconfortables : ce sont les oflags.
     4- Les Kommandos –
        
                                              Photos  (pages 101-109-117-122-124)

     

     

     

     

     

     


          L’Allemagne a tous ses hommes sur les divers fronts ou en occupation. Pour palier à cela il est formé des Kommandos, c’est-à-dire des groupes de travailleurs pris chez les prisonniers des stalags. Ils sont embrigadés sans véritable critère de compétences, sachant que les agriculteurs sont les plus demandés. Cela permet aux hommes de sortir du stalag, au moins pour un temps pendant la journée, et des barbelés. Obligatoirement 95 % des prisonniers sont appelés dans les Kommandos. En plus des travaux des champs, certains se retrouvent dans des chantiers de terrassement, du bâtiment, des mines ou même en usines. Peu nombreux, d’autres aident les artisans boulangers, électriciens, bûcherons, pêcheurs, et ont la chance d’apprécier quelques attentions par un  apport de nourriture adoucissant un peu leur vie. Ce principe est également pratiqué dans les villes, les gares, les ports ou les carrières.
     5- Le Travail –
         C’est l’exploitation du travail des Prisonniers de Guerre qui détermine, pour l’essentiel, l’attitude des autorités allemandes à leur égard. Bien sûr, il leur était utile de tenir éloignés de leur pays ces prisonniers, mais c’est surtout en tant que main-d’œuvre indispensable à l’économie allemande que ces soldats français sont retenus pendant toute la guerre. Cette situation mise en place en 1940 et 1941 se modifie et se durcit en 1942 avec la « guerre totale ». en effet, la « guerre éclair », réussie en Pologne et en France, a échoué en Russie. Tous les allemands sont maintenant enrôlés pour ce nouveau front, créant des vides dans les ateliers de fabrication. Des Kommandos vont même travailler dans des usines d’armement bien qu’interdit par la Convention de Genève.
         Afin de drainer vers l’Allemagne une main-d’œuvre française supplémentaire d’ouvriers spécialisés, et en échange de la libération de quelques milliers de prisonniers, se met en place « la relève » avec la collaboration de Laval. Le travail forcé fourni par les prisonniers devait répondre à une grande diversité de  conditions de chantiers ou d’entreprises, à une pénibilité excessive, et à une évolution dans le temps par un adoucissement ou un durcissement. Cela était valable aussi pour les Kommandos à la ferme ou en ville. Ce travail, bien que dégradant et très pénible, était pour un grand nombre de Prisonniers de Guerre, le seul moyen de garder leur équilibre moral. Certains sous-officiers ont flanché dans leur refus du travail parce qu’ils ne pouvaient supporter de ne rien faire. Bien que le travail produit par les Français soit reconnu de qualité dû à leur ingéniosité naturelle, les prisonniers ont saboté de multiples façons les travaux qui leur étaient imposés. De nombreux actes de sabotage permanents ont créé en réalité une gêne pour l’économie allemande et une sorte de Résistance. Malheureusement, quelques condamnations ont sanctionné des délits. La force d’inertie par le « travail des prisonniers » consistant à moins produire, à ralentir les rendements, fut une autre pratique pour freiner l’économie allemande. Quelques grèves, très courtes, furent aussi faites, avec succès parfois, nous permettant de comprendre la réaction des dirigeants allemands utilisant la force et même les armes, en tant que représailles, pour contrer l’attitude des prisonniers.
         Puis il y eut des « réfractaires » prisonniers sous-officiers qui, ayant pris connaissance de l’article 27 de la Convention de Genève précisant qu’ils ne devaient pas travailler, refusèrent de faire partie des Kommandos et restèrent au stalag. De nombreuses brimades et pressions allemandes tentèrent de s’opposer à ce refus. Certains ont eu satisfaction, d’autres, par amitié et soutien à leurs camarades soumis au travail, restèrent avec eux. Le gouvernement de Vichy du Maréchal Pétain favorisait la reprise volontaire du travail, trahissant ainsi l’esprit de la Convention. Ce malaise permet aux allemands d’exploiter toutes les possibilités de chantage, prétextant que la collaboration  avec eux était bien vue par les Français, réduisant ainsi toute intention de résistance.
     6- Les évasions –     Environ 4 % des prisonniers se sont évadés à partir de 1941. de nombreux projets échouèrent.
     7- La grande misère du Prisonnier de Guerre –     - La faim – Les rations alimentaires toujours insuffisantes firent augmenter le besoin de justice pour bien répartir les portions. Ingénieux, ils ont créé des techniques de fortune indispensable pour la cuisson des aliments en utilisant les « choubinettes », véritables foyers très économiques, utilisés pour la préparation des vivres provenant des envois collectifs. 
                                                             Photos  (pages   203  ou  199)

     

     

     

     

     

     

     

     


         - Favoriser au maximum la convivialité en mangeant ensemble les repas chaque fois que cela était possible.
         - Les lettres et les colis – Toujours très attendues, les lettres attestent que les liens étaient à nouveau renoués entre chaque prisonnier et sa famille. Toute lettre arrivée est un évènement. Elle est lue et relue patiemment pour bien saisir le sens de tous les mots. Chacun retrouve les signes d’amour, d’amitié, découvre la santé des siens et les nouvelles des proches. Il sait aussi que ses réponses sont attendues et que toute la famille en profitera. Les colis ajoutent une petite part de bonheur partagé puisque chaque réception est l’occasion d’une petite fête permettant de retrouver quelques saveurs et souvenirs du pays.
                                                                    Photos  (page 206)

     

     

     

     

     

     


         - Loin des siens – Cette séparation si complète, si longue, a été pour eux la source de souffrance la plus dure. La peine de ne pas voir ses enfants grandir ou la perte d’un proche ajoutaient à la séparation par l’exil un goût particulièrement amer, rendant plus dure cette épreuve de l’attente. Heureusement dans les camps un « vivre ensemble » soude des amitiés et renforce une solidarité sans faille. Le brassage social permet une connaissance de l’autre et engendre un fort sentiment de camaraderie. Il s’est créé un besoin de partager la vie, de ne pas rester seul, de mieux cohabiter et de garder le moral malgré les différences. Avec quelques imperfections il fallait être tolérant et bien se supporter. C’est avec cet esprit qu’ils ont eu besoin de se responsabiliser en réalisant entre autre une « mutuelle » pour les échanges d’objets, une caisse de secours pour ceux qui ne recevaient aucune aide et un groupe d’animations. C’était une lutte permanente contre l’abattement.
                                                                        Photo  (page  239)

     

     

     

     

     

     


    Il fallait relever et maintenir le moral ainsi que la dignité de la communauté française pour combattre l’asservissement et le laisser-aller général. Pour cela, ils avaient élu, par baraque, un homme de « confiance » qui assurait la représentation de l’ensemble de ses camarades devant l’administration allemande. Il fallait subir les fouilles des chambres, les appels, les désinfections, et assurer le fonctionnement des divers services : administratif, du courrier, distribution des colis personnels ou collectifs, cordonnerie, coiffure, cuisine, infirmerie. Ces conditions permettent de comprendre que partout la vie religieuse a atteint une dimension exceptionnelle, y compris dans les cultes qui devaient se cacher. Peu à peu, aidés par les hommes de « confiance », quelques prêtres purent célébrer la messe dans des locaux affectés à l’exercice du culte catholique, mais ces actions ne furent pas généralisées.

     

     

     

     

     

     


                                                                     Photo  (page  277)
           - Les animations – Les pratiques sportives connurent aussi un regain d’activité : d’abord des séances d’éducation physique, puis s’organisèrent des matchs de  football, volley, basket, et même tennis. Dans les centres, de véritables tournois ont rassemblé de nombreuses équipes. Conférences et cours très ciblés animèrent le côté culturel, relayés par les bibliothèques fournies par la Croix Rouge. Ceux qui savaient chanter se retrouvèrent dans des chorales et les musiciens dans des orchestres.
                                                                 Photos  (page  287  et  297)

     

     

     

     

     

     

     


    Les artistes même, plus difficilement car ils ne pouvaient se procurer des matériaux et instruments, purent exprimer leur art. Tout cela leur permet de partager concerts, expositions ou théâtres ; quelle joie de mener à bien de telles entreprises dans les conditions de captivité, offrant à tous l’occasion de sortir un moment de l’affligeante condition de Prisonnier de Guerre. Nous remarquons que, malgré la diversité des situations et réactions, il existe une incontestable communauté de destin des Prisonniers de Guerre. Tous furent des hommes privés de leur liberté. Tous ont connu les affres de la faim, la séparation du foyer, l’interminable attente de la libération. Il faut ajouter la crainte de la mort en exil. Les statistiques donnent plus de 30.000 morts dont les corps sont toujours enterrés là-bas. Nous venons de voir qu’ils ont réagi en organisant eux-mêmes leur vie collective pour lutter contre l’accablement et parfois intimement cohabiter, au travail, avec des hommes et des femmes d’Allemagne. Ils ont côtoyé également, durant cette longue période, d’autres exilés ou prisonniers étrangers de nationalités très diverses : Belges, Polonais, Yougoslaves, Egyptiens,  Hindous, Néo-Zélandais, Anglais ; s’ajoutèrent, à partir de fin 1941, des Russes – en avril 1943, des officiers Hollandais – en septembre 1943, des « internés » Italiens ex-alliés de la Wehrmacht. Il faut mentionner également qu’un grand nombre de personnes et enfants russes et polonais furent déportés, ainsi que de nombreux républicains espagnols, baptisés « les rouges » réfugiés en France, mais dénoncés par le gouvernement de Vichy. Il y eut aussi de nombreux volontaires de « la relève », enrôlés dans le but de rapatrier autant de Prisonniers de Guerre, et les réquisitionnés par le Service du Travail Obligatoire (STO) qui, une fois en Allemagne, se retrouvaient avec les prisonniers à qui ils apportaient les dernières nouvelles de France. Tous ont été les témoins du comportement des Allemands, de l’évolution de leurs sentiments. Ils ont contribué par leur présence, leur attitude, leurs propos, à changer leur moral.
     8- Evolution du moral allemand –
         En dehors de ceux qui déjà n’étaient pas favorables au régime nazi, la population allemande se rend compte peu à peu de l’évolution défavorable de la guerre. La longueur du conflit, le mauvais ravitaillement dans le Reich, les défaites, les pertes énormes sur le front russe, les bombardements des Alliés, la font douter de la réussite de l’entreprise hitlérienne à l’ambition démesurée. Il n’y a plus d’hommes valides dans le pays, ils sont tous partis à la guerre, et les Prisonniers de Guerre sont devenus indispensables. La population est mise en face du caractère dramatique des conséquences humaines de la guerre. De leur côté, les Prisonniers de Guerre se réjouissaient des bonnes nouvelles du front russe qui se désintégrait, de Stalingrad qui se libérait et du débarquement des Alliés en Afrique du Nord. Ils continuèrent leurs actes de Résistance ou de sabotage partout : ils envisageaient enfin leur retour dans leurs foyers.
       9- Le long chemin vers la libération –
         Après de nombreux changements, dus au contretemps des évènements du monde de la guerre, cette longue captivité arrive dans une nouvelle période. Après ces durs lendemains de la captivité et du transfert éprouvant en Allemagne, les Prisonniers de Guerre ont connu les premiers jours sans liberté dans les camps. Ils se sont organisés pour la défendre, pour résister à cet avilissement et se forger un « moral ». Ils croient en la victoire des Alliés. Le débarquement du 6 juin 1944 et la libération rapide de Paris, puis de la France, furent l’occasion de grandes joies savourées en secret. Mais ce fut aussi le retour aux craintes et aux difficultés. Soumis au sort de l’Allemagne en guerre, dans laquelle ils sont contraints de vivre, ils subissent les affres des lourds bombardements incessants des Alliés, ils ne reçoivent plus de colis ni de lettres, et c’est à nouveau le retour à la faim pour certains. Le nombre de Prisonniers de Guerre victimes des bombardements est important, c’est un  drame particulièrement affreux de périr en terre d’exil en cette période d’espoir.
        C’est une période noire pour les Prisonniers de Guerre. Les Alliés n’avancent pas assez vite à leur gré, l’aide du Gouvernement de Libération n’arrive pas.
         Enfin, devant l’invasion des Alliés, la débâcle allemande se met en marche : c’est l’exode qui jette sur les routes la population civile. 
         Les Prisonniers de Guerre doivent encore subir cette épreuve.
         Toujours solidement gardés, en colonnes, ils sont soumis à des marches forcées épuisantes. C’est pour eux une espèce de revanche de la débâcle de 1940, mais ils savent qu’au bout de cette terrible épreuve, ce sera la libération.
     10- la libération –
         Certains stalags ont échappé aux aléas de l’évacuation et, une fois leur chef de camp parti, attendirent le Libérateur.
                                                           Photo  (page  488)

     

     

     

     

     

     

     


    D’autres se trouvèrent « restés » sur place, pris dans un champ de bataille et assiégés, durent attendre aussi d’être libérés par les vainqueurs Alliés. Un très grand nombre connut la Libération sur les routes de la débâcle allemande.
                                                            Photo  (page  485)

     

     

     

     

     

     


    Enfin e nombreux indépendants, travaillant dans les fermes, se cachent, puis rejoignent les libérateurs.
         Ils sont enfin LIBRES et la Marseillaise est chantée dans les camps sous le drapeau français hissé en haut des miradors. Nous sommes en avril 1945.
                                                                Photo  (page  487)

     

     

     

     

     

     

     


    11- Le rapatriement –
         Certains Prisonniers de Guerre restent dans les camps libérés, s’organisant pour gérer cette nouvelle période et attendent que, par convois, on les rapatrie en France. D’autres, plus proches de la frontière ou déjà isolés, gèrent directement leur retour : en voiture, à vélo, ils évitent les centres de rapatriement pour gagner du temps. Faisant face à ce nouveau « désordre » la discipline Prisonnier de Guerre permet une organisation des besoins. Des responsables prennent contact avec les autorités militaires alliées, réquisitionnent les moyens nécessaires au ravitaillement et leur distribution régulière et efficace. Ils forment les convois vers la France sans oublier aucun travailleur ou déporté de toute nationalité. Ils pallient aux insuffisances des autorités et jouent un  rôle d’entraide auprès de tous.
                                                                      Photo  (page 495)

     

     

     

     

     

     

     


         Les premiers libérés, dès la fin 1944 par les troupes soviétiques, durent attendre dans des conditions difficiles la fin de la guerre pour être rapatriés par convois par le port de Magdeburg, d’autres par bateaux depuis le port d’Odessa.
                                                                     Photo  (page  501)

     

     

     

     

     


      12- La France retrouvée –
         La France déjà libérée depuis plus de 9 mois prépare le retour des exilés. Il est créé un « ministère des prisonniers, déportés et réfugiés ». Aux frontières, dans les gares, dans les ports, des centres de transit et d’accueil assureront la réception des Prisonniers de Guerre.
                                                                  Photo  (page  508)

     

     

     

     

     

     


         Cependant, dès le mois d’avril, le rapatriement ne se fait pas du tout suivant les plans prévus. L’afflux n’est pas bien maitrisé, les nécessaires contrôles de santé et de sécurité ralentissent l’opération. Les prisonniers, fatigués de ces contraintes et des retards de cet accueil officiel, espèrent rentrer au foyer au plus tôt.
         Et ce jour est enfin arrivé.


                                                               Photo  (page   510)

     

     

     

     

     

     

     


         Le bonheur remplit de joie les familles puisqu’il faudra encore beaucoup de patience pour reconstruire ce que l’éloignement a détruit. Les gestes familiers de chacun réapparaissent et l’Homme se « retrouvera » ; mais on ne peut ignorer le déchirement de quelques couples, frappés par un malheur ou la maladie.
         Et puis le retour au travail, aux responsabilités, a forgé une nouvelle réadaptation. Il fallait continuer à se battre dans cette France diminuée par les épreuves ayant engendré de nouveaux problèmes.
         Le Prisonnier de Guerre s’est réintégré tout naturellement dans la masse de Français. Il tira ses traits essentiels de l’expérience vécue en captivité, acquis pour avoir subi l’exil et ses misères qui sont :
      -Patience devant les évènements
      -Attachement prononcé pour la Liberté
      -Goût des choses simples de la vie
      -Respect des différences
      -Tolérance à l’égard des opinions et des défauts d’autrui
    Voilà les vertus pratiquées par le Prisonnier.
    Ces derniers mots nous invitent à rapporter en conclusion une partie de l’analyse du Professeur Yves Durand dans son ouvrage « LA CAPTIVITE » édité en 1981. 
         « D’abord un peu perdus dans la France retrouvée, puis noyés à nouveau dans la masse des Français, les Prisonniers de Guerre y ont vécu comme ils l’avaient fait en captivité : simplement en HOMMES »
     13- Remerciements –
          « Mémoire de Couiza » remercie Mr le Professeur Yves DURAND, auteur de l’ouvrage « LA CAPTIVITE » et les membres de la Fédération Française des Combattants Prisonniers de Guerre pour l’avoir autorisé à utiliser son texte et leurs photos.
     14- Nous revoilà à Couiza dans les années 1950 –
         Enfants de Prisonniers Couizanais dans cette guerre 1939-1945, voilà un bref récit relatant leur longue absence.
         C’est sur l’excellent livre d’Yves DURAND « La Captivité » qu’ont été relevé tous ces éléments. Ils nous paraissent « impensables » et pourtant le livre ne relate que des évènements vraiment vécus. De nombreux témoignages fournis par ceux qui étaient « là-bas » attestent la triste vérité de ce document.
         Vos familles respectives ont connu ces moments difficiles en attendant au Pays l’être aimé.
         Le soutien des parents et amis n’a certainement pas dû compenser totalement leur peine dans cette longue période d’angoisse.
         Avec elles, avec vous, nous avons par contre partagé dans l’allégresse le retour tant attendu de l’exilé prisonnier. Que de monde à la gare pour chaque arrivée annoncée.
     15- Congrès départemental –
         Dès leur retour, les Prisonniers de Guerre ont eu besoin de se retrouver pour s’entraider. De nombreuses associations locales ont connu le jour. Couiza a vite créé la sienne et c’est Jean CASTEL qui en a assuré la Présidence. Particulièrement dévoué, représentant dans tous les rassemblements ses camarades, il est devenu « Le Président » unanimement reconnu et écouté.
         Une Fédération Départementale des Anciens Prisonniers de Guerre a chapeauté tous ces regroupements. C’est ainsi que Couiza a accueilli en 1953 un Congrès Départemental où tous les comités locaux ont participé avec leurs drapeaux.
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         Pour les honorer le Président Départemental SIGNOLES avait invité tous les corps constitués : Mr le Préfet, Mr le Sous Préfet, Mr le Commandant de Gendarmerie, Mr le Curé Seigné, Mr le Président du Conseil Général Antoine Courrière, Mr le Député Félix Roquefort, Mr le Conseiller Général Robert Capdeville, Mr le Maire Edouard Pech et tout le Conseil Municipal de Couiza qui entoure le « Président Castel »
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         Tous ces invités rassemblés dans un  impressionnant cortège sont allés déposer la gerbe du souvenir au Monuments aux Morts de Couiza. Les drapeaux furent baissés pendant la minute de recueillement et, après ce lourd silence, plusieurs discours ont marqué ce temps fort de la journée en ravivant le souvenir de la captivité. Pour clôturer la cérémonie, pendant que l’Harmonie jouait la Marseillaise, les drapeaux alors relevés furent présentés aux Autorités.
    Une salve d’applaudissement, en remerciement, salua tous les participants. Le cortège, plus détendu, et tous les invités ont rejoint l’usine désaffectée de la gare où un repas fraternel leur fut servi. Tous les anciens prisonniers furent heureux de se retrouver dans ce grand rassemblement. Ce fut une magnifique journée.
     16- La vie active –
         Puis…… mais rapidement l’association des Prisonniers de Guerre départementale, à la demande de deux anciens prisonniers de notre commune, Georges Roux, devenu Maire de Couiza, et Jean Castel « Président » de l’association locale, a créé une maison de repos pour les anciens prisonniers, mais vite ouverte à tout public, « La TERRASSE » à Rennes-les-Bains avec Mr René Testa comme directeur. Le Conseil Municipal de Couiza, après l’achat et l’aménagement de la grande maison Barrière a créé une maison de retraite « NOSTRE CASTEL » et a confié également sa gestion à l’association départementale. Cette forte action sociale a placé le canton de Couiza pionnier dans ce domaine. MERCI A EUX TOUS.
     17- Un complément pour notre commune –
         Nous devons également rapporter, paru dans le livre « Du barbelé à la Liberté » écrit par un ancien prisonnier Marcel ROLLET en 1979 et édité par l’imprimerie FABBRO à Montrejeau, les passages où il relate son évasion, aidé ou accompagné par des Couizanais.
         Marcel Rollet, dans ses mémoires, relate ses tentatives d’évasion pour lesquelles il avait eu l’aide de son camarade Jean BELLOC, Couizanais. Malheureusement elles avaient échoué.
    Ayant changé de camp il entreprend son 5ème  essai, accompagné cette fois d’un nouveau camarade Marius AGUADO de Carcassonne, qui lui en était à sa 7ème tentative.
    Ils réussiront cette fois à s’évader.
    Nous apprenons que le 19 mars 1943 ils passent la frontière pour entrer en zone d’occupation allemande à Pont-à-Mousson. Aidés, ils obtiennent des faux papiers, de l’argent et deux billets de train pour franchir enfin la ligne de démarcation à Chalon-sur-Saône. Ils sont arrivés le lendemain à Carcassonne et à Toulouse pour rejoindre leur famille respective.
    Coïncidence, Marius Aguado est devenu, quelques années plus tard, Couizanais en épousant Fernande Rivière.
    En 1970, Marcel Rollet est venu à Couiza saluer ses deux anciens copains.
    Que de souvenirs ont-ils dû évoquer !
                                                                    Photo page 157)

     

     

     

     

     

     

     


     18- Soixante six ans après -
         Nous sommes en 2011.
         Presque tous les anciens prisonniers nous ont quittés.
         Pour évoquer leur souvenir, « Mémoire de Couiza » se devait, pour mieux comprendre aujourd’hui, rappeler les mauvaises années de cette difficile période qui ont marqué de nombreuses familles.
         La fin des hostilités signée le 8 mai 1945 avait mis un terme à ces évènements douloureux.
     Voici la liste des Prisonniers de Guerre Couizanais, membres de l’Association Locale de Couiza :
                                        BELLOC  Jean
                                       BLASQUEZ  Ricard
                                       CALVET  Gaston
                                       CASTEL Jean
                                       CLEMENT  Julien
                                       FOURNES Louis
                                       GARAUD Justin
                                       GAYCHET Marcel
                                       GIMENEZ Jean
                                       GLEIZES Bernard
                                       HERRERO Jean
                                       MARTY Pierre
                                       OLIVE Edouard
                                       PARIS  Marius
                                       PAVESI Jean-Baptiste
                                       PEREZ François
                                       PEREZ Jules
                                       RAYNAUD Emile  Rogr
                                       ROUX François
                                       ROUX  Georges
    VERDIE  Pierre
    Comprenant également :
                                       AGUADO  Marius    originaire de Carcassonne
                                       COURTOT  Maurice         «      de Bugarach
                                       MALET Léopold               «      de Bugarach

                                      RAYNAUD                                de La SERPENT


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